Entretien avec le Travailleur Catalan sur les solidarités, la vie associative et le logement en Occitanie

J’ai récemment répondu aux questions du Travailleur Catalan dans le cadre d’un dossier sur les politiques régionales, notamment en lien avec le monde associatif. Je vous retranscris les questions et réponses ci-dessous.

Tu es vice-présidente en charge des Solidarités, des services publics, de la vie associative et du logement. Quelles sont les mesures importantes qui ont été prises dans ces domaines par la région Occitanie ?

La délégation des solidarités, des services publics, de la vie associative et du logement représente un budget annuel de 18M d’euros en 2021. 12M d’euros sont affectés aux politiques de soutien à la construction de logement sociaux, de logements pour les étudiants et apprentis ainsi que de logement sociaux communaux. Concernant la santé, le budget annuel d’environ 5M d’euro est consacré à deux axes principaux, le soutien à la construction de maisons et centres de santé, et nos politiques de prévention santé jeunes. Enfin, troisième axe de la délégation de ma vice-présidence, la lutte contre les discriminations, à laquelle nous consacrons un budget d’1,8M d’euros. Celui-ci se compose de trois parties, avec 400 000 euros en faveur des personnes en situation de handicap, 740 000 euros pour le soutien aux têtes de réseaux régionales du monde associatif, l’appel à projet « promotion de la citoyenneté et lutte contre les discriminations » et la mise en œuvre du plan régional de lutte contre le racisme. Enfin, 660 000 euros sont consacrés en soutien à l’organisation de l’opération « premiers départs en vacances ».

Il faut souligner que l’ensemble de ces délégations ne font pas parties des compétences directes du conseil régional. Malgré les contraintes budgétaires imposées par l’État, mais aussi désormais par la crise, c’est un choix politique que nous avons fait avec la majorité régionale de mettre en œuvre des politiques volontaristes là où ils nous semblaient nécessaire d’intervenir, notamment en s’appuyant sur les valeurs que nous partageons.

Cela nous a permis de d’impulser et de soutenir la construction de milliers de logements sociaux dans la région, dans un contexte d’explosion des besoins et une liste d’attente de plus de 150 000 personnes. Sur la santé, cela nous a permis d’appuyer et de promouvoir la construction de centres de santé publics comme solution viable face aux déserts médicaux et au déclin de l’exercice libéral de la médecine générale. Plus d’une dizaine de CSP ont pu, ou sont en train de voir le jour avec une nouvelle offre de médecine salariée.

Nous avons pu mettre en place le Pass Mutuelle qui permet aux jeunes une égalité d’accès à une mutuelle, et nos appels à projets, que ce soit sur la prévention santé jeunes dans les lycées, ou plus largement sur la promotion de la citoyenneté et de la lutte contre les discriminations, ont permis de soutenir nombre de projets associatifs en direction de nos concitoyens.

Ce sont donc des lignes budgétaires sans commune mesure avec les budgets des transports ou de l’éducation qui sont des compétences premières de la Région. Malgré cela, elles démontrent autant, voire plus, toute la volonté de notre majorité d’agir concrètement sur un certain nombre de questions. Pour agir pour la santé de nos lycéens, en faveur des personnes en situation de handicap, pour soutenir les centres de santé, ou la construction de logement sociaux, il a fallu trouver les crédits, et nous l’avons fait, mais cela correspond avant tout à des choix politiques et des priorités sur lesquels les élus communistes ont pesé de tout leur poids.

Les associations ont été malmenées ces dernières années par les gouvernements successifs notamment avec la marchandisation de ses champs d’activités, comme dans la culture, ou encore l’aide à la personne, que peut-on dire de la politique régionale en faveur du tissu associatif. Quelle a été sa philosophie ?

L’Occitanie compte plus de 140 000 associations qui emploient environ 170 000 salarié.es et mobilisent plus de 1 400 000 bénévoles. Dès le début du mandat nous avons considéré que les associations sont des acteurs incontournables du développement régional, elles apportent une contribution majeure au projet d’une région plus inclusive et solidaire.

Elles contribuent à la fois à l’emploi local et à la vie sociale et citoyenne, notamment grâce à l’engagement des bénévoles. Les associations sont actrices du développement économique, de la cohésion des territoires et de l’attractivité de la région Occitanie, et bien souvent elles sont les premiers relais pour la mise en œuvre des politiques régionales. Elles sont souvent aussi les premières à inventer des réponses innovantes aux besoins et enjeux de la société par l’intelligence et la mobilisation collective.

Entre 2016 et octobre 2020, 22 274 projets associatifs ont été soutenus par le conseil régional. Cela représente 6802 structures différentes et un montant total de 200,1 M d’euros au titre de la Vie associative de proximité. Un rythme de 4000 associations aidées par an.

Le monde associatif est totalement transversal et présent sur de nombreux secteurs très divers tels que le sport, la culture, les solidarités, le développement économique ou l’environnement. Au total nous avons mis en place 16 appels à projets régionaux et 62 dispositifs de soutien, mais aussi 9 budgets participatifs qui grâce à la mobilisation citoyenne (97 000 comptes citoyens ouverts sur laregioncitoyenne.fr) ont déjà donné lieu au soutien de nombreux projets associatifs, dont 131 projets lauréats.

Évidemment, les associations sont aussi régulièrement en demande pour mieux connaitre les différentes façons dont nous pouvons accompagner leurs projets. La Région est à l’écoute des besoins et suggestions afin d’adapter au mieux ses dispositifs à l’action associative. La concertation est notre philosophie. Pour co-construire ensemble le territoire de demain, nous avons besoin de ce dialogue, de débattre et échanger sur les sujets qui les touchent et sur les actions structurantes à mener pour et avec les associations alors que nombre d’entre elles ont été et sont encore touchées de plein fouet par la crise sanitaire qui traverse le pays.

Depuis 2018 nous avons enclenché un dialogue plus régulier avec les représentant.es du monde associatif. Cela a abouti à la création d’un Comité Régional de la Vie Associative amené à se réunir une fois par an en plénière mais aussi en groupes de travail thématiques selon les besoins, groupes de travail auxquels seront invité.es des représentant.es du CESER qui s’est auto-saisi sur le sujet de l’écosystème associatif et qui fait partie des forces en présence qui ont formulé des préconisations à la Région. Avec la crise ce comité a pris toute sa signification. C’est en s’appuyant dessus que nous pouvons élaborer des politiques d’urgences face aux difficultés que rencontrent les associations. En ce début d’année, nous lançons une cellule spéciale d’accompagnement pour les associations employeuses qui ont un risque de dépôt de bilan. Nous devons tout faire pour sauver les emplois associatifs, ce sera l’objectif de cette cellule.

L’économie sociale et solidaire est parcourue par de nombreuses associations qui forment un tissu économique important. Il semblerait que leur forme résiste mieux à la crise pandémique, que nous vivons. Est-ce exact ? Que peut-on en penser ? quels sont ou seraient les moyens à mettre en œuvre pour donner une plus grande place aux formes associatives sur notre territoire ?

Les associations, comme les autres acteurs économiques de notre territoire sont gravement touchées par la crise, mais pas de manière uniforme. Alors que certaines ont trouvé les moyens de rebondir lorsque la crise est apparue, certaines peinent encore à trouver des solutions. Sur le volet emploi, nous craignons de nombreux dépôts de bilan en ce début d’année, raison pour laquelle nous mettons en place une cellule d’urgence.

Évidemment, la crise a aussi été l’occasion pour beaucoup d’associations de démontrer leur capacité d’innovation et d’adaptation. Je pense tout particulièrement aux associations d’aide alimentaire qui font face à de grandes difficultés en termes de moyens financiers et humains. Malgré tout, elles tiennent le cap de la solidarité.

Je pense que la question de l’emploi associatif reste le grand sujet ouvert actuellement. Si certaines associations sont génératrices d’emplois par leur objet associatif, ce n’est pas le cas pour la vaste majorité. La fin des emplois associatifs régionaux, les suppressions en série de contrats aidés ont placé les associations dans des situations de grandes difficultés. Une crise du bénévolat est également à craindre dans un avenir proche, notamment en raison de la fragilité des retraités face au virus et premiers pourvoyeurs de bénévoles associatifs. Cela va encore renforcer le besoin d’une réflexion large au niveau national pour faire émerger de nouvelles solutions. Je pense qu’il y du lien à faire entre le manque de débouchés pour nos jeunes, les besoins humains des associations et la promotion de la citoyenneté. Les territoires seraient évidemment partant puisqu’ils en seraient les premiers bénéficiaires. Mais c’est de l’État que manque aujourd’hui une volonté réelle de développer l’emploi associatif dans notre pays, à n’en pas douter, pour les mêmes raisons qui le pousse à réduire l’emploi dans nos services publics. Une alternative crédible, sociale, solidaire et respectueuse de l’environnement, doit aujourd’hui s’imposer dans le débat public face à un système capitaliste destructeur de l’humain et de la planète.